Portrait — Interview

Dans la tête d'un designer curieux

Ancien webmaster devenu UX/UI Designer, touche-à-tout assumé, passionné de 3D et d'IA — Jonathan Sidan revient sur sa méthode, ses détours et ce qui le fait avancer.

L'intervieweuse Jonathan Sidan

Propos recueillis par notre rédaction

Interview croisée avec Jonathan Sidan, Senior UX/UI Designer — 6 min de lecture

Parcours Méthode
Jonathan Sidan

Jonathan Sidan

Senior UX/UI Designer — Paris

Il y a quinze ans, Jonathan Sidan n'était pas designer : il était webmaster. Entre-temps, il est passé par l'aérien, la banque, la grande distribution, l'agroalimentaire et l'énergie — sans jamais vraiment quitter le clavier ni la curiosité qui l'a fait commencer. On l'a rencontré pour comprendre comment tout ça tient ensemble.

Intervieweuse

On commence par le commencement : d'où viens-tu, dans ce métier ?

Jonathan Sidan

De l'informatique, en fait, bien avant l'UX. J'ai commencé comme webmaster : gestion de sites, mises à jour, un peu de front, beaucoup de bricolage technique. À l'époque, personne ne parlait encore vraiment "d'expérience utilisateur" en France — on faisait déjà tout ce travail-là, sans le nom. C'est en travaillant main dans la main avec une ergonome que j'ai basculé petit à petit vers le design d'interfaces.

"Je n'ai jamais vraiment quitté le code — je l'ai juste mis au service du design."

Intervieweuse

Ça t'a laissé des traces, ces années de webmaster ?

Jonathan Sidan

Complètement, et je m'en sers encore tous les jours. Je garde ce réflexe technique : je sais ce qu'il y a "sous le capot" d'une interface, ce qui est simple ou coûteux à développer, où sont les raccourcis intelligents. Ça change la conversation avec les développeurs — je ne leur amène pas juste une maquette, j'arrive avec quelqu'un qui comprend leurs contraintes. C'est ce qui rend, je crois, mes designs plus réalistes.

Intervieweuse

On dit de toi que tu t'intéresses "un peu à tout". C'est vrai ?

Jonathan Sidan

Totalement assumé ! Regarde la liste : aviation, banque, grande distribution, agriculture, énergie, standardisation des codes-barres... Ce sont des mondes qui n'ont rien à voir entre eux, et c'est exactement ce qui me plaît. Chaque mission m'oblige à réapprendre un métier, un vocabulaire, des contraintes différentes. Cette curiosité, ce n'est pas de la dispersion — c'est ma manière de rester affûté et de ne jamais plaquer une solution toute faite sur un problème que je ne comprends pas encore.

Quelques terrains de jeu

Techradar — Carrefour
Pepper — Total Énergie
Application — Air France
Parcel — Carrefour
GS1 — Codes-barres
CrewMobile — Air France
Intervieweuse

Tu fais aussi de la 3D, en dehors du travail ?

Jonathan Sidan

Oui, sur Blender, et ça a commencé comme une curiosité de plus, un peu par hasard. Mais très vite, ça a nourri mon regard de designer : penser en volume, en lumière, en matière, ça m'aide à imaginer des interfaces qui ont du relief, pas juste des aplats. C'est aussi, tout simplement, un espace où je crée sans contrainte de brief — ce qui, paradoxalement, me rend meilleur quand je reviens sur un vrai projet client.

Intervieweuse

On te sent très à l'aise avec l'intelligence artificielle. Quelle place a-t-elle dans ton travail ?

Jonathan Sidan

Une place énorme, et je l'assume. Je l'utilise tous les jours, comme un partenaire de travail : pour explorer des pistes plus vite, pour rédiger, mais surtout pour prototyper en code et relier un design system à des composants réels. Ce portfolio, d'ailleurs, a été construit avec Claude.

Ce qui m'intéresse, c'est de réduire la friction entre une idée et un produit qui fonctionne. Mon passé de webmaster joue beaucoup : je sais lire ce qui est produit, repérer ce qui cloche et parler aux développeurs. Mais l'IA ne décide de rien. C'est moi qui cadre le besoin, qui relis, qui teste et qui itère : elle accélère, le jugement reste celui du designer.

"L'IA accélère. Le jugement, lui, reste celui du designer."

Intervieweuse

Comment est-ce que tu tiens le rythme, avec autant de missions différentes ?

Jonathan Sidan

Je gère mon travail un peu comme je gère le sport. Pas d'un coup de génie ponctuel, mais par régularité : des sessions de recherche, d'atelier, de production, presque comme des séances d'entraînement. Je sais quand pousser un sprint et quand lever le pied pour ne pas m'épuiser sur un projet long. Et comme en sport, je mesure les progrès sur la durée, pas sur une seule mission — chaque expérience s'ajoute aux précédentes.

"La régularité bat le talent quand le talent ne s'entraîne pas — en sport comme en design."

Intervieweuse

Pour finir : qu'est-ce qui te fait dire qu'une mission s'est bien passée ?

Jonathan Sidan

Quand l'équipe se souvient encore de moi six mois après, pas seulement pour les écrans, mais pour la manière de travailler ensemble. La cohésion, l'humour, la culture d'équipe — ça compte autant que le livrable pour moi. Un bon parcours utilisateur, ça se conçoit rarement seul dans son coin.

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